Marcel Rufo à l'écoute des apprentis
Marcel Rufo, pédopsychiatre de renom, s’est déplacé dans l’établissement à la rencontre des apprentis et du personnel.
Il se présente aux jeunes comme « le docteur des soucis », définition de son métier qui lui été proposée par un petit patient de cinq ans.
Les délégués des classes présents lors de l’alternance en cours ont pu discuter avec le Professeur.
Voici leur échange :
- « Qu’attendez-vous de moi ? Qu’est-ce qu’un psy peut apporter à un adolescent comme vous, qui travaille en apprentissage ?
- « Vous nous aidez dans notre vie - L’automobile, le secteur dans lequel nous travaillons, est en danger - Le métier est en évolution - Comment pouvons-nous faire face à cette évolution ?
- « Vous me demandez comment être mobile. Vous avez un diplôme, un métier, la voiture change, l’écologie modifie la donne. Vous pouvez anticiper, vous projeter à plus tard.
Mais c’est difficile, car vous êtes dans le présent, l’immédiateté ; le présent pour vous compte plus que le futur, l’avenir. C’est votre mode de pensée.
Avec l’évolution de l’automobile et du métier, vous vous rendez compte de perturbations, de troubles, d’ennuis à venir et cela vous inquiète.
- Moi, j’ai 20 ans, je me sens pas prête à avoir la même vie que celle de ma mère.
- A 20 ans, on est majeur ; pour changer ta vie (pas celle de ta mère !) tu dois changer : participer à la vie de la société, prendre part à la politique, t’inscrire aux élections, voter. Le jeune, à l’instar de la société, est individualiste.
Envisager la vie ensemble est un challenge. Il faut avoir un comportement autonome, volontaire.
Seuls 15% des jeunes sont plus vulnérables et se réfugient dans la drogue, pour ne pas affronter le monde. Ils entrent dans la spirale infernale car ils se fragilisent encore.
- Oui mais les interdits, comme la drogue dont vous parlez, nous ça nous plaît. Et on a pas l’impression que ça nous détruit.
- L’interdit fait partie de l’éducation. L’adulte doit savoir dire « non » pour bien faire comprendre où sont les limites, du respect latéral des autres. Etre permissif construit des « abrutis ».
Mais au-delà, quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre vie quotidienne ?
- Nous sommes des salariés, mais pas reconnus à notre poste. Nous sommes soumis. Nous sommes souvent mal employés, à des basses tâches. Nous sommes mal traités, pas du tout reconnus.
- Ces étapes de frustration, même difficiles à accepter et à vivre, sont importantes dans la construction de la personne. Pour être fort, il faut être capable de tenir bon, de résister.
En humanisant les rapports, en déviant les difficultés rencontrées lors de discussions houleuses, non pour les éviter mais pour avancer, en donnant des exemples, on avance.
L’impulsivité nuit aux échanges positifs et fructueux et bloque les situations : rien ne changera.
Le message à faire passer c’est que l’adulte doit imposer un « radicalisme » qui impose l’autorité comme règle au lieu de se diluer dans la démagogie.
L’adolescent ou le jeune adulte se construit dans un monde fait de frustrations nécessaires, qu’il dépasse en avançant sur un chemin fait de repères, de cadres, plus sécurisants pour lui.
Les adolescents détestent les tièdes, les mous, ceux dont les positions sont frileuses.
Vous êtes passionnés, vous pratiquez un métier de passion, vous attendez des réactions à la mesure de vos passions.
Si vous rencontrez un adulte qui s’affirme, qui prend position, tout en tenant compte de votre propre position et vous respecte, vous comprendrez que vous avez votre place et vous évoluez mieux dans ce cadre. »
Plus tard Marcel Rufo a donné une conférence sur le thème "L'adolescent et ses problématiques" devant l'auditoire du personnel de la formation de la Chambre de Commerce réuni à l'Institut de la Formation de la Pharmacie et de la Santé à Saint Laurent du Var
Durant l'après -midi, le psychiatre a animé une table ronde avec le personnel de l'établissement et les enseignants et a échangé à bâtons rompus sur les difficultés rencontrées en formation et les moyens de les dépasser.










